Entretien – Hugo Besson : « Cette saison me permet de viser encore plus haut »

Entre deux entraînements et parties de Rocket League, Hugo Besson, grand espoir du basket-ball français, a accepté de répondre à nos questions. Après son éclosion aux yeux du monde cette année en Pro B – dont il est le meilleur scoreur avec une moyenne de 18.9 pts/match –, l’arrière voit les choses en grand. Vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenus.

LaBonneRef’ – Comment ça va en ce moment, comment te sens-tu, dans ton basket, dans ta saison, dans ta vie ?

Hugo Besson – Je me sens bien, je pense que ça se voit sur le terrain. Je ne te cache pas qu’avec l’enchaînement des matchs, les organismes commencent à fatiguer, mais sinon, tout se passe bien. Je fais une bonne saison collectivement, une bonne saison individuellement, donc ça va super !

Tu parles de l’enchaînement des matchs. La saison a été compliquée au vu des restrictions sanitaires, avec une suspension d’un mois notamment. Ça ne t’a pas empêché de saisir ta chance et les opportunités offertes par le coach Julien Mahé pour t’imposer. Quel regard portes-tu sur cette année particulière ?

Il y a surtout le fait que le virus, ça ne touche pas que le sport. Tout le monde a été obligé de s’adapter dans tous les domaines. De mon côté, j’ai essayé de bien me préparer individuellement quand il n’y avait pas de matchs, pour qu’il n’y ait pas de temps de perdu. Et ça a payé sur les rencontres suivantes. C’est ma première année professionnelle, donc je n’ai pas vraiment été habitué à jouer devant des salles pleines. En espoirs, tu joues dans des salles vides, donc le manque de public, ça ne me perturbe pas vraiment parce que j’ai l’habitude. Après, c’est sûr qu’avec les restrictions, le port du masque, il y a des choses qui changent.

Vous visiez le maintien au départ avec Saint-Quentin. Maintenant, vous êtes dans la course pour la montée en Jeep Elite. Comment appréhendes-tu la fin de saison et les rendez-vous importants qui arrivent ?

C’est vrai qu’on visait le maintien à la base. On fait quand même une bonne saison, même si dernièrement on marque un peu le pas. Mais comme tout le monde, on n’a pas un effectif ultra profond, on enchaîne les matchs, les déplacements… tu joues un match, tu fais 8h de bus, tu rejoues le surlendemain. Ce n’est plus pareil qu’il y a quelques mois. Mais on n’est pas distancés. On peut saisir l’opportunité de faire un Top 5, voir un Top 3. Si on gagne en régularité, ça peut le faire.

Ce n’est pas un objectif absolu d’être dans les deux premiers et viser la montée ?

Le problème de Saint-Quentin, c’est qu’il n’y a pas de centre de formation agréé, donc quoi qu’il arrive, on ne monterait pas. On ne se met aucune pression. L’objectif, c’était de se maintenir. C’est fait. Maintenant, c’est que du bonus. Mais on sait qu’on a un gros potentiel, on n’a pas envie de gâcher tout le travail mis en œuvre jusqu’à présent, et ça serait vraiment bien de marquer l’histoire du club avec cette saison. 

Tu joues à Saint-Quentin, mais tu es prêté par Chalon, actuellement 17ème de Jeep Elite. Est-ce que ça constitue une petite revanche pour toi de réussir de ton côté pendant qu’ils enchaînent les mauvais résultats ?

Non, ce n’est pas une revanche, je ne souhaite aucun mal à Chalon. Ils n’ont pas cru en moi cette année, j’ai montré ce que je pouvais faire, mais j’aimerais qu’ils s’en sortent mieux en Jeep Elite. Au-delà de ça, je fais les choses pour moi, je ne regarde pas trop ce qui se dit et ce qui se passe autour. Je fais ma saison, on verra à la fin ce qu’il en est. 

Tu es très jeune, mais tu es déjà meilleur marqueur de ton équipe et du championnat . Ça fait quoi d’être le leader, à 20 ans, au milieu de joueurs confirmés ?

Je suis arrivé en début d’année en étant le petit jeune de l’équipe. J’ai su gagner le respect de mes coéquipiers à l’entraînement et en match, par le jeu. Donc ils ne me voient plus comme un gamin de 19 ans. Certes, je suis plus jeune, mais sur le terrain, ça ne se ressent pas. Donc mes coéquipiers me considèrent normalement. 

Est-ce une pression supplémentaire d’assumer ce rôle ?

Le basket pour moi, c’est de l’amusement. Je ne me mets pas de pression. Si je fais un gros match, tant mieux. Si je passe un peu à côté, ce n’est pas la fin du monde. Ça ne reste que du basket et si ça marche aujourd’hui, c’est aussi parce que j’ai cette prise de distance. Beaucoup oublient que le basket reste un jeu. 

Quel est ton état d’esprit au début d’une rencontre ? Rentres-tu sur le paquet en te disant : « là je me sens chaud, je vais mettre un carton » ?

Dans mon style de jeu, je suis un joueur qui, quoi qu’il arrive, que ça rentre ou pas, va tirer beaucoup. Je suis un scoreur, c’est vraiment ce qui me caractérise. Je ne rentre pas dans un match en me disant « je vais faire ça, puis ça ». Je m’adapte, si je vois que je peux tirer à trois points, qu’il faut attaquer le panier, ça dépend. C’est la lecture de la défense. J’ai une palette assez large, donc si tu vas reculer, je vais tirer, si tu te colles trop, je vais pénétrer. C’est vraiment de l’adaptation à la défense, à chaque rencontre. 

Même si tu es concentré sur ta fin de saison et les derniers matchs qui arrivent, penses-tu déjà à l’étape suivante, au futur qui t’attend ?

Bien sûr. C’est une saison qui m’a permis de me montrer, parce je n’étais pas forcément connu, même pas du tout. Je savais de quoi j’étais capable, mais il fallait le prouver. Cette année, c’est fait. Ça me permet vraiment de viser encore plus haut que ce que j’avais en tête à la base, pour le futur. Il reste 8 matchs, on verra à la fin de saison comment les choses se passent. 

Quand on parle du futur, tu as forcément la NBA dans un coin de ta tête (il acquiesce spontanément). Récemment tu as déclaré que tu mettrais tout en œuvre pour y aller. Comment t’y prépares-tu et réfléchis-tu déjà à une Draft en particulier ?

C’est l’objectif de tout basketteur de rejoindre la NBA. Avec mes performances, c’est vrai que ça devient de plus en plus concret. J’y pense, oui et non, ça rejoint le fait que je ne me prends pas la tête. Ça a marché comme ça jusqu’à présent, donc je ne vais pas changer ma mentalité. Mais c’est sûr que c’est toujours plaisant de se dire que ça devient de plus en plus possible. En fonction de l’avis de mes agents, de ma côte, du retour des scouts NBA, on choisira le meilleur timing. Cette année, 2022, ou après. Si c’est l’année prochaine, c’est l’année prochaine. Si c’est cette année, c’est cette année. Je ne contrôle pas tout. 

Quelles sont tes références, tes modèles, les joueurs qui t’inspirent ?

Mon joueur préféré, c’est Derrick Rose. Je m’inspire beaucoup de lui, j’adore son jeu. Le fait qu’il soit revenu après autant de blessures graves, c’est extrêmement fort au niveau du basket, mais surtout mentalement. C’est vraiment inspirant. Après, je joue mon jeu. Je n’essaye pas de copier un Stephen Curry, un Devin Booker, parce que je ne peux pas faire les mêmes choses. Forcément, je copie quelques petits trucs, mais j’ai mon propre style de jeu, je n’essaye pas de me calquer sur quelqu’un. 

Et entre LeBron James et Michael Jordan, où tu te situes ?

Plutôt LeBron James. C’est ma génération, et je pense que c’est le meilleur de tous les temps. 

Suis-tu la NBA cette saison ? Quelles sont tes impressions ?

Mes impressions, c’est que j’ai envie d’y aller quand je les regarde. C’est le meilleur niveau du monde. Sinon, Derrick Rose et les Knicks sont forts en ce moment donc ça me fait plaisir. 

Ton père, Jean-Paul Besson, a été joueur professionnel et est désormais entraîneur adjoint à Levallois. Qu’est-ce que ça t’apporte au quotidien de t’appuyer sur un socle familial qui connaît le métier ?

Ça m’a surtout aidé au début, parce que c’est lui qui m’a « tout appris ». Il y est pour beaucoup si j’en suis arrivé là aujourd’hui. Après, on a une relation père/fils lambda. On ne parle pas tout le temps de basket. S’il a quelque chose à me dire, il me le dit, et si moi j’ai besoin d’un avis extérieur, je lui demande, mais ça reste des échanges normaux. Quand il était joueur, ce n’était pas la même époque. On n’a pas du tout le même plan de carrière. Il n’y avait pas tous les réseaux, tout n’était pas médiatisé, donc bien sûr que c’est un plus d’avoir un père qui a baigné là-dedans, mais comme c’était vraiment différent, ce n’est pas comparable. 

On a vu sur ta chaîne YouTube en commun avec ton meilleur pote – et basketteur également, Luke Van Bockstaele – que tu portais des KD en ce moment, mais que tu avais aussi des Kobe et des Kyrie. C’est quoi ta référence en termes de chaussures sur les parquets ?

J’étais avec les KD jusqu’à maintenant et elles ont craquées, contre Souffelweyersheim. La semelle a laché en plein match, donc j’ai changé, j’ai pris les Kyrie. Après, je ne suis pas un passionné de chaussures. Tant qu’elles me plaisent et que je suis bien dedans, je ne me pose pas de question. 

Au-delà du basket, quels sont tes centres d’intérêt, tes références ?

En style musicaux, j’écoute de tout. La pop, les sons type « summer vibes », c’est ce que j’écoute le plus, comme Medusa, Jul… Sinon, j’aime jouer à Rocket League sur la Xbox, regarder la télé-réalité. Ça me détend, ça me change les idées. 

Ça t’inspire quoi de voir Killian Hayes et Théo Maledon, titulaires respectifs dans leurs équipes alors qu’ils sont rookies et qu’ils ont presque le même âge que toi ?

Ça m’inspire énormément. J’ai joué contre eux en espoirs, ce sont des joueurs supers forts, j’aimerais vraiment suivre leurs traces. C’est hyper inspirant, j’espère avoir le même parcours. 

C’est tout le mal que l’on te souhaite !

Crédit photo : Sébastien Grasset